LAC DETH HORO

Mardi 8 août 2023 : Lac (ou Estani ou Coth) Deth Horo (Espagne) (2223m)

Dénivelé : 1043 m, longueur aller-retour de 10,7 km pour
une durée approximative de 7h00 de marche effective.

-Devises possibles du jour 

« Il ne faut pas péter trois câbles… ». « Déterrons le Toro pour le Deth Horo» et celle que fit sienne Norbert Casteret : « Ad Augusta per Angusta, vers de grandes choses par des voies étroites ».

-Déroulement

-9 randonneurs se répartissent en 2 voitures au Parking Pegot avant 7h00 tapantes puis deviennent 12 marcheurs (5 femmes et 7 hommes) au départ de cette belle course pour randonneurs aguerris, néophytes de la varappe et adeptes du vertige des cimes se restreindre (passer par le Port de Venasque) ou plutôt s’abstenir !

Après avoir tourné vers Es Bordès (compter une dizaine de km) nous démarrons à 8h15 au lieu de stationnement au parking en bas du Sanctuaire de la « Mair de Diu de Artiga de Lin » où des navettes montent les voyageurs de 10h à 17h, impossible donc d’aller au départ du refuge d’Artiga de Lin (1463m) en voitures et car nous sommes des randonneurs trop …matinaux. Donc il faut se taper 400m de dénivelé non prévu !

Nous ne le savons pas encore mais ceci va pénaliser le reste de la journée, fatigue et horaires, et nous faire abandonner la tentation du Toro !

Nous commençons à traverser tranquillement la grande prairie au modelé un peu alpin (Plan dera Artigua) qui fait face à l’imposante muraille du Barranc dera Ribera, falaises, moraines ainsi qu’éboulis…

Cette prairie légèrement pentue et bien nivelée est garnie d’une flore splendide, artichauds sauvages, chardons roses et chardons bleus, ancolies « frénétiques », gentianes…

La pente se raidit, parsemée d’éboulis, et nous allons devoir passer par trois séries de falaises câblées, à l’ombre le matin, qui seront un peu plus ensoleillées et bien chaudes au retour, à droite les couches verticales du Pic de Pera Nera nous dominent. La plus haute de ces murettes, la plus simple à monter sera la plus délicate à redescendre. Certains randonneurs ont employé dans leur description « carabinée » pour décrire cette ascension…

Nous arrivons enfin après plusieurs raidillons et passages de pierriers au Coth deth Horo, vaste col évasé en face le Massif de La Maladeta, un peu masqué par le petit sommet d’Aigualluts, nous opérons vers midi le rassemblement des douze pèlerins qui arrivent en ordre dispersé mais s’accordent sur la difficulté et la fatigue du tracé. Nous n’avons pas vu le gouffre Forau deth Horo qui est un déversoir des eaux venant du lac situé plus haut et premier objet de notre désir du jour : Deth Horo.

Nous décidons de redescendre vers ce superbe lac glaciaire deth Coth deth Horo, rive aranaise et rive de Venasque en quelque sorte avec pas très loin le massif de la Maladeta, son sommet le Nethou et son glacier qui se réduit comme peau de chagrin d’année en année avec au sommet quelques neiges immaculées.

Conciliabule, notre scribe fait son « appel de Deth Horo » urbi et orbi et nous informe qu’on ne l’y reprendra plus et que son avenir s’oriente désormais vers le groupe 2. Nous pensons aux Frères Jacques qui n’ont cessé de faire leurs adieux mais Monique semble avoir l’air bien sérieuse !

S’ensuit une décision unanime pour la suite de la randonnée, sachant qu’il nous resterait une heure trente aller-retour (200m de DEN de descente et remontée), pas question de poursuivre vers le Trou du Toro, objectif pourtant annoncé de la journée.

Observations sur l’étymologie du terme Trou du Toro

Le terme de « Trou du Toro » est un raccourci linguistique et une francisation par les guides luchonnais aux temps du tourisme thermal de Deth Horo, Horo signifiant en aranais (catalan) « le temps ».

L’autre nom plus officiel et local du gouffre du Trou du Toro est Forau dels Aigualluts, avec Forau=gouffre en catalan.

-Discussion sur le Trou du Toro et la Garonne

Il s’agit d’un gouffre karstique taillé dans des calcaires métamorphisés du Dévonien et situé à 2 074 m d'altitude. Il mesure environ 70-80 mètres de diamètre et 40 mètres de profondeur. Il reçoit les eaux des Barrancos de Barrancs et de l'Escaleta provenant des glaciers du Massif de l'Aneto (Maladeta). En 1787, Ramond de Carbonnières, le premier pyrénéiste connu, avait supposé que les eaux engouffrées au Forau dels Aigualluts ressortaient dans le Val d'Aran pour donner naissance à la Garonne occidentale, Garonne des Aragonais dans laquelle se jette la Garonne orientale ou Garonne des Aranais, elle, née au Pla de Beret.

Un limnologiste Emile Belloc s’opposa à cette hypothèse garonnaise et « atlantique » qui faisait loi.

Il avança non sans certitudes et en dépit d’essais de coloration infructueux (quantités sans doute trop faibles) une hypothèse « méditerranéenne » et fit des eaux partant s’engouffrer dans le Trou du Toro une alimentation du Rio Esera qui vient lui aussi de la Maladeta, avec sa résurgence d’ailleurs non loin du Trou du Toro d’où cette hypothèse, et part ensuite vers l’Ebre en Espagne, sans arguments bien plus solides que des convictions !

C'est entre 1938 et 1931 (in « Découverte de la véritable source de la Garonne », L’illustration du 28 novembre 1931) que le célèbre spéléologue Norbert Casteret commingeois s’employa à vérifier que l'hypothèse de Ramond de Carbonnières était exacte géologiquement et hydrologiquement (bassins versants, affluents).

Il avança ainsi qu’après un circuit sous terre de 3,6km en suivant les couches d’un karst carbonaté, les eaux ressortent en résurgence Val d'Aran (francisation en Garonne) à 1658m d'altitude à l’œil de Jupiter ou Gouelh de Joueou.

Une compagnie espagnole souhaitant détourner les eaux du Trou du Toro pour créer une usine hydro-électrique, le spéléologue se hâte de prouver l'hypothèse, car le prélèvement réduirait le débit de la Garonne, ce qui aurait un effet néfaste pour la France. Casteret, grâce au soutien de son collègue Martel, réussit à collecter les fonds permettant d'acheter une quantité suffisante de fluorescéine pour mener à bien une expérience de coloration.

Le 19 juillet 1931, il part de Luchon vers le Trou du Toro ; ils arrivent et attendent alors la nuit. À la tombée du jour, soixante kilos de fluorescéine sont déversés au trou du Toro par Norbert et Élisabeth Casteret, accompagnés d'Esther Casteret (mère de Norbert) et de deux amies d'Élisabeth. Le petit groupe se sépare ensuite en deux, chaque équipe surveillant une résurgence différente (Esera et Gouelh de Juéou). À l'arrivée de l'équipe du Val d'Aran quelques heures plus tard Norbert Casteret et sa mère découvrent la résurgence colorée en vert et prouvent ainsi la communication entre l'eau engloutie au trou du Toro et l'eau qui jaillit au Gouelh de Juéou. Les eaux de la Garonne parcourent ainsi 3.6 kilomètres sous terre pour passer du bassin versant de la Méditerranée à celui de l'océan Atlantique.

La démonstration fut éclatante, la Garonne, le plus grand fleuve pyrénéen, provenait bien des glaciers du seigneur des Pyrénées : nous nommons le Nethou.  Cette conclusion scientifique n’était donc pas si anodine s’agissant des équipements hydroélectriques et des captages en eau de la région entre espagnols et français, Norbert Casteret servit ainsi la cause française et évita que d’autres piquages soient faits en amont du Forau dels Aigualluts !

Il est aussi intéressant d’observer que la Nature s’adapte aux conditions géologiques et climatiques et

qu’avec la fonte actuelle et irrémédiable des glaciers la contribution hydrologique de la Garonne occidentale puisse devenir moindre dans le futur et la Garonne orientale redevenir la principale des daronnes pardon garonnes mais cela nous fait sortir du sujet du jour…

-La suite de la randonnée

Pour revenir donc à nos 12 moutons de Saint-Gaudens-Accueil, ils concluent unanimement sur la perspective peu enthousiasmante de se retrouver en plein cœur de la saison estivale au Forau dels Aigualluts, avec comme en 2017 les touristes variés et « divers blaireaux en tongs » venus par l’ancien Hospital de Benasque dans le parc national Posets-Maladeta. Par le village de Benasque (80km après Vielha en passant par le tunnel), une route mène en effet au parking de La Besurta accessible seulement aux navettes en haute saison.

C’est donc pique-nique au bord du lac au programme, alors que notre naïade se dévêt et s’approche des eaux bien glacées, où elle ne reste que le temps de quelques photographies !

Echange habituel de pâtisseries et boissons diverses, « reluquades » pour certains de la plastique de belles espagnoles ou catalanes de passage et photographies facebouckiennes pour leurs pages ad-hoc.

Nous décidons que le retour se fera par la même voie cablée et non par le Col des Aranais comme en 2017. Une démarche atlantique plutôt que méditerranéenne en quelque sorte !

A 14h, coup de sifflet du berger, nous redécollons et remontons au Col deth Horo, une petite expérimentation « fluorescéinique » est tentée dans un petit laquet-flaque en passant au début de la descente, cette dernière qui s’avérera particulièrement délicate et laborieuse pour certains et globalement bien difficile pour tous, même si certainement plus rapide que le flux de fluorescéine…

Les souvenirs de 2017 se sont enjolivés et les années accumulées sont bien présentes !  

En bas nous nous regroupons près du refuge et, pressés par les premiers arrivés, nous nous dirigeons vers le petit train navette rouge que nous raterons mais nous pourrons prendre le dernier, jaune, de la journée. Le contrôleur-Chauffeur est pointilleux et nous demande de payer…en échange du précieux sésame pour le train brinqueballant!

Une image contenant texte, capture d’écran, Police

Description générée automatiquement Il est environ 17h15 quand nous arrivons à l’impressionnante gare de triage des trois navettes de « Mair de Diu de Artiga de Lin » puis enfin aux automobiles.

Nous décidons en roulant, en trois voitures qui se suivent (le pli est pris ou repris !), de tenir le pot amical à Es Bordes après une visite de l’église, assez quelconque, dans laquelle semble méditer un sinistre prêtre. L’église porte, bien visibles encore, les stigmates de la guerre civile espagnole.

Le bar est sur la gauche de l’édifice religieux, la serveuse bien sympathique nous abreuve de bières et du désaltérant Vichy Catalan…

Retour à notre camp de base saint-gaudinois à 19h sonnantes (12h extra-muros, les sorties se ressemblent beaucoup en ce début de mois d’août 2023).

Jean-Jacques, par délégation explicite de Monique, pour le Groupe 1 de Saint-Gaudens Accueil.

Crédits photographiques d’Alain, Franck, Jean-Jacques et Monique.

Erratum : contrairement à ce qui fut affirmé la semaine passée le CR d’Estaragne de septembre 2021 existe bien et fut rédigé par votre serviteur qui perd singulièrement la mémoire…

Date de dernière mise à jour : 14/08/2023