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COURTAOU DES ESCLOZES
Mardi 13 janvier 2026
Raquettes au Courtaou des Esclozes (1360m), en boucle au départ de Payolle, 1089m.
Dénivelé +300m / 9 km AR
Ciel bleu ce mardi à Payolle, 1080m, en vallée de Campan. Payolle, c'est sans doute une variante de fajola/ hêtraie en Proto-Basque, reconstitution de la langue basque originelle, qui constitue le substrat du Gascon. Une belle randonnée d'hiver au menu : exposition au soleil, beauté du paysage enneigé, houx parés de leurs fruits rouges, aucun risque et marche facile pour ceux qui chaussent pour la première fois des raquettes ! Si la station de ski de fond a fermé, quelques pistes sont encore nivelées jusqu'au lac au milieu des champs de neige, pour le bonheur des promeneurs.
10h10 quand la colonne s'ébranle pour rejoindre la grange d'Artigussy, dominée par le Pic du Midi qui surgit soudain, étincelant de blancheur sur le bleu du ciel.
Arrivée sur la rive droite de la Gaoube, un torrent de 8 km, échappé du lac de Montarrouye, qui file rejoindre l’Adour du Tourmalet pour former plus loin l’Adour, lequel filera vers l’Atlantique. Un pont permet de passer rive gauche pour rejoindre la grange d'Artgussy, 1225m, seule rescapée d'un ancien courtaou. Montée à vue sur la crête de Camiet : panorama hivernal superbe : Arbizon, Hourquette d’Ancizan, Plo del Naou, Signal de Bassia, Casque du Lhéris, tout de blanc vêtus sur le bleu du ciel au dessus du vallon de la Gaoube…
Replat jusqu'au Courtaou des Esclozes, 1350m, dont l'une des granges et son enclos ont été superbement rénovés par des bénévoles il y a une dizaine d'années. Auvent, tables, bancs, murets, l'idéal pour le pique-nique à 12h40.
Descente en boucle à 13h30, passage au grand refuge des Esclozes et retour un pont plus bas par la rive droite de la Gaoube cette fois.
Parking à 15h15 et pot sur place au bar-restaurant La Campanoise, que remplit notre joyeuse troupe de 30 randonneurs !
Et un peu ( trop?...) d'Histoire pour finir !
Au XIX° siècle, une bonne trentaine de vachers vivait tout l’été dans les courtaous d’Artigussy et des Esclozes, de véritables villages saisonniers dont l’activité cessa dans l’après-guerre. A ces granges de pierres sèches, entourées d’un enclos où les bêtes passaient la nuit, était souvent associée une série de leytés, des niches de pierres traversées par un petit ruisseau, où l’on plaçait les gros bidons de lait que l’eau fraîche conservait quelques jours avant le transport au village pour la fabrication du beurre. C'était l’une des trois richesses de la vallée avec le marbre et le bois, représentées sur le monument aux morts pacifiste de Campan aux pieds d’une pleureuse ensevelie sous la grande cape de deuil traditionnelle. Il reste une petite dizaine de leytés à Artigussy, au bord de la Gaoube, le torrent qui chante en déroulant sur les cailloux un ruban d’eau limpide.
C'est l'association Pierre des Esclozes de Campan, créée en 2012 avec le concours de la mairie propriétaire du site, qui a restauré à l’identique cet ancien courtaou abandonné et sa rigole d’amenée d’eau. Chaque année, en début et fin d'été, les bénévoles participent à un chantier pour l'entretien des lieux. Un panneau rappelle le souvenir de Georges Buisan, natif de Montréjeau et passionné de montagne, qui restaura de 1977 jusqu’à sa mort en 2010 les granges du courtaou de la Lit en vallée de Lesponne voisine.
Près du lac glacière de Payolle deux lieux-dits, la forêt du Différend et le Camp Bataillé, sont liés eux aussi au passé de la vallée. Ces pelouses et ces forêts paisibles au pied du col d'Aspin furent jadis le théâtre de conflits entre les gens de Campan et leurs voisins de la vallée d' Aure pour la délimitation des pâturages. Pour éviter les bagarres incessantes, un combat aurait été organisé entre deux champions, représentant chacun les communes impliquées. Il aurait eu lieu près du lac de Payolle au lieu-dit Camp-Bataillé et le bois voisin s'appelle d'ailleurs le Bois du Différend. C'est le champion d'Aure qui l'aurait emporté et il aurait tiré son infortuné adversaire par les pieds jusqu'au village de Payolle pour le ramener énergiquement chez lui et lui enfoncer les limites de pacage dans le crâne...
En 1944, Le groupe Bernard, l'une des composantes des maquis des Hautes–Pyrénées, renforcé par des guérilleros Espagnols, était Implanté dans les forêts de Payolle. Le 10 juillet vers 5 heures du matin, la sentinelle Sanchez aperçoit une colonne allemande venue d’Arreau. A quatre pattes au milieu d’un troupeau de brebis qu’il pousse devant lui, il s'éloigne et réussit à rejoindre le groupe de maquisards qui met en place une embuscade et inflige aux assaillants de lourdes pertes (plus de 30 morts) avant de se replier plus haut. Les Allemands décrochent alors, emmenant avec eux cinq prisonniers dont trois furent retrouvés le lendemain à Capvern, massacrés après avoir été horriblemen mutilés. Une stèle commémorative a été érigée au milieu des prés en hommage à ces combattants.
Pas de mounaques l’hiver dans les rues de Sainte-Marie de Campan ! Dommage… C’est une tradition de la vallée, ces grandes poupées de chiffon exhibées autrefois lors de certains mariages jugés mal assortis : un veuf épousant une jeune fille, un autre se remariant trop vite après le décès du conjoint, une fille-mère trouvant un époux, un jeune d’ailleurs « s’en venant gendre » à Campan en épousant une fille convoitée par les jeunes du village, surtout si c'est une héritière… Le couple, représenté sous forme de deux poupées, les Mounaques (de l'occitan mouneco / poupée) était bruyamment chahuté par la jeunesse du village, cloches de vaches au cou. Ce tintamarre, c’était le charivari, du grec karêbarein/ avoir la tête lourde. Et il durait jusqu’à ce que le couple ouvre les cordons de la bourse et donne aux jeunes de quoi faire la fête ! Pas d'autre choix que de s’exécuter, et le plus vite était le mieux…
Bien plus dramatique était le statut de Cagots, des Intouchables relégués à l'écart de la communauté. Comme beaucoup de bourgs des Pyrénées, Campan a eu ses cagots, de malheureux parias obligés de se signaler par une patte d'oie de tissu rouge cousue sur leur blouse. Pauvres gens frappés par la lèpre, infirmes, goitreux et autres miséreux atteints d’anomalies physiques ou marqués par la consanguinité, les cagots portent en eux le mal et le malheur et doivent rester à l'écart des habitants, avec quartiers de relégation, ruelles, chapelles et bénitiers qui leur sont imposés... Et Louis XIV a beau décider dès 1683 de les affranchir de cette terrible condition en leur accordant les mêmes droits qu'au reste de la population, la ségrégation perdurera jusqu'au début du XX°s...
A l'origine de ce mot de cagot, la racine grecque kako / mauvais, sale ou laid (comme cacophonie, caca et caguer, faire ses besoins en occitan). A Campan, où leur présence est attestée pendant plus de huit siècles, les cagots ont été rejetés sur la rive droite de l'Adour d'où le nom de ce pont, pont des Cagots ou pont des charpentiers, car ils étaient cantonnés aux métiers du bois, matériau supposé ne pas transmettre les maladies. En 1597, un incendie endommagea l'église de Campan et ils en reconstruisirent la charpente ; en 1694, un autre plus violent détruisit l'église, la halle et 70 maisons ; ils reconstruisent encore l'église et la halle qui datent de cette époque. Classée monument historique depuis 1927, cette halle est la plus ancienne des Hautes-Pyrénées.
" Un Homme de bien", dira Napaléon de Dominique Jean Larrey (1766-1842) chirurgien en chef de la Grande Armée. Né tout près d'ici à Beaudéan, il crée le secours aux blessés sur le champ même de bataille, pratiquant les soins sur le terrain le plus tôt possible grâce à des ambulances chirurgicales mobiles, au nom de la compassion d’un être humain envers un autre.
Bien avant la création de la Croix Rouge, il a posé les bases de l’inviolabilité des blessés et de la neutralisation des hôpitaux de guerre. En témoigne une anecdote célèbre : à Waterloo, alors que le chirurgien se déplace sans cesse pour secourir les blessés sous le feu ennemi, Wellington ordonne de ne pas tirer de son côté et dit en se découvrant au Duc de Cambridge : " Je salue l’honneur et la loyauté qui passent ".
A Dominique Gaye-Mariolle, nous devons l'expression "faire le mariolle". Ce solide bûcheron campanois (1767-1818) de très grande taille s'engage dans l'armée le 1er février 1792. Il est de tous les combats et fait preuve d'une grande bravoure, ce qui lui vaut de figurer dans quelques tableaux du peintre David. En novembre 1796 au pont d'Arcole, il aurait tiré d'une mauvaise situation le général Bonaparte tombé de cheval. L'année d'après, un coup de feu lui traverse les deux cuisses et il refuse avec fureur une double amputation ; il guérit grâce à sa vigoureuse constitution, et au grand étonnement des chirurgiens... Le 5 février 1804, Il est fait chevalier de la Légion d'Honneur.
En juillet 1807, l'Empereur passe en revue son unité à la veille de l'entrevue de Tilsitt : pour se distinguer, Gaye-Mariolle présente les armes, non pas avec un fusil, mais avec l'affût d'un canon d'une centaine de kilos, d'où l'expression "faire le mariolle"..
Imohtep, le scribe des mardis de L’ACCUEIL.
Date de dernière mise à jour : 17/01/2026