LE PICON DEPUIS SEILHAN

Mardi 8 mars 2022

Tour de Seilhan et croix du Picon, 635m.

dénivelé +290m/8km

Petite sortie  prévue le matin seulement car la météo doit se dégrader assez rapidement... En avant pour le Picon, un joli petit belvédère près de Gourdan-Polignan.

Départ de l'église du village de Seilhan à 9h10. Construite en 1848 avec l'aide du Baron de Lassus, elle présente un clocher-tour semi-octogonal avec un toit en terrasse, très rare dans la région. Un vitrail qui proviendrait peut-être de l’ancienne chapelle du Bazert porte l'inscription Fayre pla et layssa dire/ Bien faire et laisser dire. Une saine devise !

Commençons par rejoindre les bords ensoleillés de la Garonne, que l'on va suivre sur près de 2 km en observant ici et là les amoncellements de galets charriés par les dernières crues. Agréable déambulation au ras de l'eau claire, entrecoupée par les passages étroits aménagés sur les clôtures car l'on suit ici une variante du GR 861, la Via Garona qui relie Toulouse à St-Bertrand.  

Au bout, surprenant passage sous roche, façonné non par l'érosion mais par  la main de l'homme : au XIX°s  avait été amorcé  un projet, abandonné, de canal destiné à l'irrigation de la plaine, dont on voit aussi plus bas le tracé prévu et un vieux pont qui l'enjambe... Montée ensuite dans les bois et grimpette finale au Picon par une sente plus pentue, caillouteuse et aride, où s’accroche une végétation méditerranéenne.

11h50 à la croix du Picon, 635m.  Le ciel est encore bien clair : la vue embrasse  l'immensité de la plaine, mais les nuages envahissent déjà Cagire, Gar et sommets du  Luchonnais.  

Cette croix de pierre a été  érigée en 1881 à la demande de Jean Cistac, homme de lettres natif de la région, secrétaire particulier du président de la République Jules Grévy entre 1879 et 1887, qui a subventionné par ailleurs l'aménagement de l’Observatoire du Pic du Midi et recevait en échange chaque jour le  bulletin météo du Pic, qu’il affichait sur sa porte à Montréjeau afin que chacun en dispose ! Jusqu'en 1914, un pèlerinage était organisé à la croix du Picon  le 1er dimanche de mai. On y déjeunait et redescendait aux  flambeaux une fois la nuit tombée. Il y a un bon demi-siècle,  les élèves récalcitrants du lycée technique de Polignan y montaient aussi, et au pas de course, en guise de punition le jeudi, afin d'intégrer les notions d‘obéissance, d’effort et de travail…

A nos pieds, Gourdan-Polignan, qui doit sans doute son nom à deux  Romains propriétaires terriens, Gordius et Paulinius ; le joli château Renaissance construit par la famille De Mauléon ; au dessus du lac,  la colline du Bouchet  où se trouve une grotte préhistorique  dite grotte de l’Éléphant, classée monument historique en 1956 ; le carrefour du Bazert,  du nom de Baeserte, un dieu gallo-romain à tête de sanglier et plus loin, bien des villages connus, de Lannemezan à Saint-Gaudens…   

Descente à 12h30 car le ciel s'ennuage. Danse des  "Tamalous" dans les bois et parking à 13h45.

Et on ne quitte pas Seilhan sans évoquer deux figures qui ont marqué le village.  

Le pèlerin Benoît-Joseph Labre tout d’abord, qui passe ici en 1773, sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle. Dans un bois, il porte secours à un homme blessé mais deux gens d’armes   le prennent pour l’agresseur et le conduisent à Saint Bertrand de Comminges, ainsi que la victime. Il est jeté en prison, mais le blessé reprend ses esprits et l’innocente. Libéré aussitôt et vivement remercié, il séjourne quelque temps à Saint-Bertrand, où  il se distingue par sa piété et par les soins donnés  aux malades. Près de l’une des portes du rempart,  une plaque évoque le souvenir du "vagabond de Dieu", proclamé Saint par l'Eglise en  1881 ; une statue le représente dans la cathédrale, et l'association Benoît Labre a aménagé un espace de recueillement près de la source où il prit de l’eau pour laver les plaies du blessé, sur la petite route de Labroquère.

Et un enfant de famille très modeste, Gilles Bouhours, né en 1944 et décédé en 1960, qui repose au cimetière  de Seilhan, où sa tombe est toujours abondamment fleurie. A peine âgé de cinq ans, il fur reçu en audience privée par le pape Pie XII, à qui il disait devoir confier un  secret à la demande de la Vierge qui lui était apparue : "La Sainte Vierge n'est pas morte, Elle est montée au Ciel en corps et en âme". Quelques mois après, le 1er novembre 1950, le pape proclamait le dogme de l’Assomption de la Vierge...  L'Eglise n'a reconnu ni apparitions ni miracles à propos de cet enfant. Mais nul ne peut empêcher les gens, venus parfois en pèlerinage par bus entiers,  de venir se recueillir devant la maison familiale de Seilhan... Tout comme devant la statue de Notre-Dame de Picheloup à Arnaud-Guilhem, où la Vierge serait apparue à quatre fillettes en 1859, un an après Bernadette Soubirous à Lourdes, sans que l'Eglise authentifie jamais les apparitions à Seilhan ou à Picheloup...

 

IMOHTEP, le scribe des mardis de L’ACCUEIL.

Date de dernière mise à jour : 12/03/2022