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SOMMET DU PUECH
Mardi 8 septembre 2026
Cabane du Bazet 1478m et sommet du Puech 1669m,
depuis le col de Portet d'Aspet 1069m
Dénivelé +450 / 650m pour 7,5 / 10,5 km A/R
Grand ciel bleu et temps estival ce mardi encore ! Le Puech (puèg/montagne en occitan), est un petit sommet de la Haute-Garonne limitrophe de l'Ariège, bien visible de Saint-Gaudens : c'est cette longue croupe de pelouse débonnaire à l'est du Cagire, où s'attarde longtemps une virgule de neige au printemps. Il culmine à 1669m d’altitude et on peut s'attendre à une bonne montée, que traduisent les courbes de niveau assez resserrées sur la carte... Le panorama exceptionnel qui vous attend dès la cabane du Bazet mérite cet effort soutenu car, par sa position en retrait de la chaîne, Le Puech est un formidable belvédère sur les sommets du Couserans, de la Maladeta, du Luchonnais et des Hautes-Pyrénées.
Départ à 9h du col de Portet d'Aspet, 1070m, en deux vagues de randonneurs, chacune son rythme selon l'option choisie, cabane du Bazet ou sommet du Puech. Cap au sud par le flanc nord ! En avant sur le GR des Trois Vallées, qui longe d'abord le Camping des Asphodèles et pénètre dans les bois. Très légère descente pour atteindre le col de la Bène, 1206m, une clairière qui ne ressemble guère à un col mais a permis à un hêtre de développer une ramure exceptionnelle, devenant ainsi un arbre classé "arbre remarquable. On quitte alors le GR qui redescend à l'ouest sur le pont de L'Oule, en bas du col. Le balisage (longtemps chaotique ou inexistant, entraîna pas mal de randonneurs sur de fausses pistes...) vire désormais au jaune. Cap au sud toujours et la montée devient assez rude, toujours dans les bois. Elle se calme enfin pour rejoindre les pelouses de la crête et atteindre le col de L'Artigue, 1448m.
Un tout petit effort encore et voilà à 11h15 la deuxième vague installée à la cabane du Bazet, 1478m, et bien contente de s'arrêter là pour lézarder au soleil et suivre du regard les silhouettes colorées de la première vague, déjà passée il y a une demi-heure et qui arpente dans un aller/retour de 3km la douce mais longue croupe du Puech : sommet à 11h25 et retour à la cabane à 12h20 pour partager le pique-nique avec les copains. Petite cabane peu avenante à l'extérieur mais pourvue d'un poêle à bois et de deux lits de camp. Et panorama somptueux : Valier, Calabasse, Crabère, Cagire, Aneto, Néouvielle, Arbizon, Maupas, Spigeoles, Pic du Midi, pour ne citer qu'eux !
Retour groupé à 13h30, parking à 15h15 et en route pour le pot à Aspet.
Un peu d'Histoire pour finir, à propos du col de Portet d'Aspet.
Pas loin de notre parking, se dresse une stèle de granit où l'on peut lire: " la cabane des évadés. Hommage aux passeurs français qui ont guidé de nombreux évadés de toutes nationalités par les montagnes vers la liberté ultime. A ces évadés de guerre qui furent arrêtés et déportés le 6 février 1944. A ceux qui ne sont jamais revenus." Deux passeurs, Henri Marot dit Mireille et Pierre Treillet dit Palo formaient une équipe très sûre. Le premier est décédé en 1944 à la Libération dans des circonstances troubles, le second en 2005.
Le trajet habituel était le suivant : arrivée des "Passagers" gare Matabiau à Toulouse, prise en charge par "le Réseau Françoise", hébergement ponctuel chez l'habitant, souvent chez Mireille et Palo ; départ en train pour Cazères, autobus ensuite jusqu'à Mane ; de là on rejoignait à pied Arbas, Labaderque, le col des Passagers, le col du Portet d'Aspet, Couledoux, le col d'Artigascou, le vallon de Melles, et enfin Canejan en Espagne. Une marche éprouvante d'au moins trois jours dans le meilleur des cas, effectuée en toutes saisons et par n'importe quel temps sauf en cas de neige trop profonde, la plus grande partie du trajet se faisant de nuit pour des raisons de sécurité.
Il s'agissait généralement de faire passer en Espagne des soldats alliés, en particulier des pilotes abattus par la DCA allemande, des groupes de 10 à 20 personnes, parfois plus, Anglais, Hollandais, Américains, Belges, Australiens... Une connaissance parfaite des lieux, des circuits et des habitudes des patrouilles allemandes, et la collaboration des habitants étaient indispensables au succès de ces missions périlleuses.
Près de 50 ans plus tard, le 5 juin 1994, les époux Treillet reçurent un coup de téléphone d'un certain Rudy Zeeman, un ancien militaire hollandais domicilié en Tasmanie, une île australienne : il était revenu en Europe pour revoir son passeur et les lieux de son évasion réussie du 25 janvier 1944 et il appelait depuis... Saint-Girons où il séjournait avec son épouse ! Un an après le décès de Palo en mai 2006, Rudy envoya à sa veuve un opuscule où il relatait les événements liés à cette époque et une peinture à l'huile représentant la montée dans la neige des 6 fugitifs et de leurs deux passeurs.
S'ils durent parfois rebrousser chemin pour échapper aux patrouilles, Mireille et Palo ne connurent qu'un échec, le 6 février 1944. Le groupe avait fait halte dans la grange du col de Portet d'Aspet et fut repéré. Epuisés, certains préférèrent se laisser prendre, pensant que la fin des hostilités était proche et que le statut de prisonniers de guerre les protégerait. Ils furent tous déportés... Les douze autres évadés suivirent les deux passeurs qui les ramenèrent en lieu sûr et quelques jours plus tard en Espagne ; deux Hollandais tentèrent leur va-tout en continuant seuls mais se perdirent dans la montagne enneigée. Ils se retrouvèrent par chance au hameau d'Autrech où ils furent cachés par la famille Ribis et l'un d'eux qui souffrait de gelures fut amputé clandestinement de quelques phalanges à l'hôpital de Saint-Girons.
Ces hommes incarnent une belle idée de l'Homme et de la Liberté...
Imohtep, le scribe des Mardis de L'ACCUEIL
Date de dernière mise à jour : 12/09/2026