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CAP HAURADES et COURNUDERE
Mardi 13 octobre 2026
Tuc de Haurades 1554m et sommet de Cournudère
(en option) 1563m, par le col de Portet d'Aspet
Dénivelé +485 / 800m 5,5 / 11km
Ciel mitigé ce matin au col de Portet d'Aspet, 1070. Les hauts sommets resteront donc nimbés de brume… Deux objectifs en deux vagues, l'une poursuivant en crête jusqu'au sommet de Counudère, 1563m, l'autre s'arrêtant au tuc de Haurades, 1554m. Même altitude quasiment et pourtant 300m de dénivelé positif supplémentaires car cette crête s'étire de mamelons en cols, à l'aller comme au retour !
Même tracé jusqu'à la crête au col de Sarraoute, 1500m ; même montée raide, d'abord entre les buis puis sous une haute hêtraie et enfin en pelouse. Inutile de passer par le col des Passagers puisque nous n'allons pas aujourd'hui au pic de Paloumère : tirons à vue un peu à l'est vers ce col, un replat herbeux estampillé col de Saraoute par un panneau mais non identifié sur la carte. Nous voilà donc (les uns à 10h25, les autres à 11h10) perchés sur la crête où la vue porte loin : plaine au nord, vaste enfilade de sommets hélas embrumés au sud : à l'ouest le Tuc de Haurades tout proche et plus loin le pic de Paloumère ; à l'est le Cap des Tèches qui file vers le Sommet de Cournudère.
Les uns attaquent à l'est la crête qui s'étire sur environ 2,5km en montagnes russes, les autres s'en vont à l'ouest après une ultime grimpette, courte mais raide encore, au Tuc de Haurades 1554m. Pas de pique-nique-groupé cette fois, Cournudére pour les uns à midi, Haurades donc pour les autres à 11h10.
Deux belvédères superbes qui ouvrent par ciel clair sur les hauts sommets du Couserans et du Comminges… Vue limitée par la brume ce mardi…
Descente après une petite heure de pause car il fait frisquet, parking à 15h 10 pour les uns, dès 14h30 pour les autres. Tiens, le ciel vire au bleu… Un peu tard ! Et en route pour le pot commun au sympathique café d'Aspet, Le Cagire.
Et un peu d'Histoire pour finir !
Au col de Portet, une stèle honore le souvenir des Passeurs et le col des Passagers fut ainsi nommé en souvenir de ceux qui l’ont franchi autrefois pour fuir la botte nazie, dans l’angoisse et la peur : des passeurs les ont guidés vers l’Espagne sur les Chemins de la Liberté. A Toulouse, le réseau "Françoise" dirigé par Marie-Louise Dissard, (qui tenait un magasin de "frivolités féminines »), prenait en charge les fuyards (surtout résistants et aviateurs alliés abattus, plus de 700 personnes) et les acheminait par différents points de passage jusqu'à la frontière. En train ou bus par exemple jusqu'à Mane, à pied ensuite, via Arbas et le col de Portet d'Aspet jusqu'au village espagnol de Canejan, une marche harassante sous la menace des patrouilles allemandes, étalée sur 3 jours et 2 nuits en moyenne.
Le 26 janvier 1944 au dessus de Canejan, le passeur couserannais Palo Treillet, agent du réseau "Françoise", finissait avec son collègue Henri Marrot de convoyer aux portes de la liberté un groupe de six militaires alliés. Dans la neige à mi-genoux, il cria en anglais aux évadés exténués qui n'en crurent pas leurs oreilles : "C'est la frontière !". Et cinquante ans après, en juin 1994, il reçut un appel de Rudy Zeeman, l'un des Evadés, un hollandais domicilié en Tasmanie, une île australienne, venu en Europe pour revoir le chemin de son évasion. Il appelait depuis Saint-Girons, où il avait pris pension avec son épouse, le temps des recherches ! C'est dire l'émotion des retrouvailles...
Deux réfugiés célèbres ont été accueillis au village durant la dernière guerre, l’écrivain Roland Dorgelès et le peintre Raoul Dufy, après avoir dû quitter Montsaunès devenu dangereux pour eux. Le peintre s’en allait peindre dans les rues et les champs (notamment le tableau "La fontaine d'Aspet") et l’écrivain écrivait sans doute… Dans un petit livre “Vacances forcées”, Dorgelès consacre plusieurs pages à l’hospitalité qu’il reçut du Dr Jauréguiberry, alors maire d’Aspet. « Depuis des mois, j’avais prévu que je me réfugierais à Aspet, dont le maire était devenu mon ami. Aspet avait l’avantage de dépendre de Luchon, dont la Gestapo passait pour moins féroce que celle de Saint-Girons. Aussitôt alerté par téléphone, le courageux docteur accourut et nous empilâmes tout ce que pouvait contenir son auto. Le reste trouva place dans la carriole que Dufy employait pour ses excursions… Quel soulagement, quelle détente que ces premières journées passées à Aspet ! La beauté du pays environné de montagnes, la douceur du climat, les attentions de nos hôtes, tout concourait à nous faire oublier notre mésaventure. (Oui, monsieur Dorgelès, la place d’Aspet est toujours aussi agréable !)
– Soyez tranquilles, ils ne viendront plus vous tracasser, nous répétait le docteur Jauréguiberry.
La Gestapo de Luchon ne lui faisait pas peur et il se donnait le plaisir de la rouler. Quand on lui demandait par exemple s'il y avait des juifs dans le canton, il ouvrait de gros yeux naïfs :
– Des juifs ? Oh ! Non. Qu'est-ce que j'en ferais ?...
L'hôtel du Carillon, que dirigeait l'active et sautillante Mlle Jeannette, soeur du docteur, était au vu et au su de toute la population un abri de la Résistance : les argus de Luchon étaient encore les seuls à l'ignorer.
Des Juifs, on en rencontrait partout, logés dans les hôtels, campés dans les fermes…. Les Boches seuls ne se doutaient de rien. Ils ne savaient pas non plus que le directeur d'école cachait un stock d'armes dans sa cave, que l'estivant en culotte blanche qui passait ses journées au tennis redevenait le soir le lieutenant-colonel Victor, chef des groupes F.F.I., et que ce bon docteur-maire aux mines innocentes soignait les garçons du maquis….
Imohtep, le scribe des mardis de L’ACCUEIL.
Date de dernière mise à jour : 19/10/2026